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Ce qu’on dit sans le savoir (1/3)

par Jiby (09-11-2006)

Le langage exprime obligatoirement une idée, donc une certaine conception du Monde qui doit être commune à un ensemble de gens, pour être compris. Prenons un exemple : une phrase telle que « le chien est rouge » contient au moins deux concepts : « chien » et « rouge ». Chacun pourra imaginer le sujet à sa façon : un animal ayant toutes les caractéristiques d’un chien mais ayant la couleur rouge. Les points communs entre tout ce qui aura été imaginé seront : d’une part, la notion de l’animal à 4 pattes (alors qu’il peut n’en avoir que 3 s’il en a perdu une) poilu, avec une truffe et aboyant , d’autre part, la notion de la couleur rouge. En effet si on exclut les cas particuliers (aveugles, daltoniens,…) tout le monde sait ce qu’est un chien et ce qu’est la couleur rouge : on parle alors de « philosophie spontanée ».Mais certains verront un berger allemand d’autres un teckel (selon ce qu’est votre chien par exemple) , c’est la même chose avec le rouge : certains verront un rouge vif, d’autres un rouge sombre…Chacun l’imagine à sa façon : c’est alors ce qu’on appelle une « philosophie réfléchie ».

Une autre ambiguïté apparaît lorsqu’on met les deux concepts ensemble : Si quelqu’un vous dit : « j’ai vu un chien rouge », vous serez d’abord tenté de répondre « c’est dans le verre que t’as bu qu’il y avait du rouge !». Pourtant si vous n’êtes pas de ces gens bornés comme on en trouve si souvent, vous réfléchirez : et vous penserez peut-être à un chien taché de sang (si vous avez les idées noires par exemple), à un chien de dessin animé (si vous en regardez quelquefois), à un chien qui s’est fait teindre (si vous aimez les caniches et que vous aimez vous teindre les cheveux) ou même à un renard ( si pour vous roux et rouge, c’est du pareille au même). On pourra imaginer d’autres conceptions personnelles de « chien rouge » mais l’on ne pourra pas trouver de conception spontanée commune à tous sauf si on accompagne la phrase d’une illustration ou autre.

Voilà où je veux en venir : sachez que vos propres convictions personnelles (dans n’importe quel domaine) suivent la même règle et vous êtes persuadé d’avoir raison sans que ce soit forcément le cas. C’est ce que vous avez vécu (éducation, enfance, travail, famille, habitude, pays d’origine, pays visités, etc.) qui vous donne votre conception des choses et l’opinion qui va avec : étant donné qu’on n’est pas tous nés au même endroit, qu’on ne vit pas au même endroit, qu’on n’a pas tous vécu les mêmes situations : On n’a pas tous les mêmes points de vue sur le Monde. Le problème est qu’on a toujours beaucoup de mal à accepter que les idées différentes des nôtres sont peut-être meilleures. En réalité , toutes les idées, aussi variées soient elles, sont légitimes et ont le droit d’exister, même les plus graves idéologies. Mais que ça n’empêche pas les gens qui veulent s’y opposer, de se battre pour ça !

Le langage est toujours le moyen d’exprimer notre vision des choses et donc le moyen d’embrigader ceux qui nous écoutent dans notre propre idéologie (c’est un mot qui fait peur, mais il faut savoir que toutes les idéologies ne sont pas dangereuses). Ce que je veux dire c’est que même la mamie qui demande à la vendeuse « avez-vous des tomates ?» dit indirectement, sans le vouloir, de nombreuses choses :

- Qu’elle aime les tomates,

- Qu’elle fait confiance à la vendeuse pour lui vendre de bonnes tomates,

- Que les tomates sont bonnes pour la santé, etc.

En quelque sorte, elle annonce à la vendeuse que si elle réclame des tomates, c’est probablement pour les manger, et si elle en mange, c’est que c’est bien d’en manger. En fait, elle énonce inconsciemment à la vendeuse son idéologie : « c’est bon les tomates, mangez des tomates !».

Vous allez me dire que la mamie se moque de ce que mange la vendeuse ? Oui, mais sans le vouloir, et aussi parce qu’elle n’avait pas le choix si elle tenait à ses tomates, la mamie a fait de la pub pour les tomates, en les achetant. La preuve si 500 mamies viennent réclamer des tomates à cette même vendeuse dans une seule journée, la 501e qui passe et qui n’avait pas forcément prévu d’en acheter, en achètera probablement en voyant les autres le faire.

Je veux donc aussi dire que les journalistes qui se croient objectifs, ne le sont pas. Le simple fait de prendre la décision d’aborder un sujet ou de le passer sous silence est déjà un acte de subjectivité.

Comme vous le voyez, le langage est une sacrée invention. Vous croyez maîtriser le langage peut-être ? Vous en êtes loin, très loin… Au delà de toutes « saucisses sèches sachant sécher sans s‘assécher » et autres « paniers, pianos » (A répéter plusieurs fois de suite, de plus en plus vite, sans faire d’erreurs), voyez le mal que vous avez à parler une langue étrangère, ou même votre propre langue dans votre petite enfance. Il paraît que ce serait un problème de sonorité et d’audition : un petit n’entend que les sons les plus aigus : il n’entendrait que sa mère jusqu’à 7 ans, son père ayant une voix trop grave. (Peut-être encore un argument en faveur des femmes au foyer). Et aujourd’hui , ne vous arrive t-il pas encore parfois de bafouiller sous l’effet du stress ou de l’excitation ?

Mais les problèmes du langage ne s’arrêtent pas à la prononciation. Qui ne s’est jamais disputé avec une personne en voulant lui faire une plaisanterie ironique qui n’a pas été comprise comme telle ? Les quiproquos n’arrivent pas qu’au théâtre : «

- Promets que tu ne le diras à personne.

- Mais non ! »

« Non », ça veut dire quoi ici ? « Non, je ne le dirais pas » ou « Non, je ne le promets pas, je le répéterai » ?

Je vais maintenant vous donner une phrase à méditer quelques minutes avant de lire la suite :

« A chaque instant, il y a un départ, A chaque départ, il y a un retour et dans chaque retour il y a un instant, un instant du départ »

A vous d’y réfléchir…

Alors qu’est ce qu’il faut y comprendre ?

Rien du tout, mais ça vous aura fait réfléchir quelques secondes. En fait, je crois que 95 pour cent de ce qu’on dit ne paraît pas essentiel à première vue quand on y réfléchit. Et pourtant, il y a toujours un sens mais parfois seul l’inconscient le comprend.

On exprime donc parfois des choses que l’on ne sait pas consciemment. Cela peut aussi expliquer qu’une phrase que vous avez prononcé de façon anodine, peut faire de vous un monstre auprès de votre interlocuteur. Il peut arriver que des personnes vous détestent ou que vous détestiez des personnes sans savoir pourquoi… peut-être que la réponse se trouverait dans l’une des nombreuses phrases anodines échangées depuis votre rencontre. Il faut donc souvent tourner la langue je ne sais plus combien de fois dans sa bouche pour finalement se taire ! Quand on s’exprime, il faut faire attention à ce que qu’on dit ou plutôt à ce qu’on pourrait comprendre (ou ce qu’on écrit, énorme problème auquel je me confronte en écrivant maladroitement ces articles).

 

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